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6
- LA CITADELLE
On y accède par un pont qui conduit devant son entrée
principale. À droite
se trouve la porte des Serpents : sur son linteau sont représentés
deux serpents enlacés, leurs deux corps enroulés,
chacun se terminant par une tête de dragon ailé, l'une
tournée vers le bas, l'autre vers le haut.
Ce
corps duel, serpent et dragon entrelacés, est un élément
figuratif
et symbolique dominant dans l'art décoratif des façades
d'Alep au Moyen Àge, repris à Damas et en Anatolie.
Dans la terminologie architecturale relative à l'arabesque,
il prend le nom de noeud syrien. Dans le langage mythologique, il
est une clef de lecture du zodiaque, il est un talisman devant 1e
seuil de l'au-delà, et il est tout à la fois l'emblème
de la victoire. Du point de vue artistique, on peut dire qu'il est
vecteur d'unité entre les religions monothéistes,
dont les divers lieux de culte se retrouvent dans le même
temple de l'art.
Mais
la question se pose : est-il un simple talisman qui empêche
le mal de frapper aux portes des constructions dont il couronne
les façades ? n'est-il qu'une figure totémique issue
du chamanisme, de sa magie et de ses secrets ? est-il seulement
un fil magique que nous escaladons pour accéder au firmament?
ou bien un simple avertissement pour éloigner l'agresseur
ou l'envahisseur ?
Qu'est
au juste ce qui distingue le contexte de l'idolâtrie de celui
de la foi en un dieu unique ?
Dans
1e vestibule, une fois franchie la porte des Serpents, l'on est
accueilli par deux statues de lions se dressant l'un en face de
l'autre et séparés - autrement dit réunis -
par un palmier, qui sans doute symbolise la vie.
En
se dirigeant vers l'esplanade, deux motifs en relief représentent
chacun le tronc d'un lion, l'un semblant rire et l'autre pleurer.
Composent-ils ensemble la représentation de la promesse et
de la menace, du châtiment et de la récompense, de
la vie et de la mort?
Par
sa hauteur réduite qui la rapproche clé la ville,
la citadelle rappelle l'acropole d'Athènes. Elle fut à
l'origine un lieu de culte. Les archéologues y ont découvert
un temple hittite, datant du ixc siècle avant J.-C., et deux
temples romains transformés en églises sous Byzance,
puis sous (Islam en mosquées. Comme si le point culminant
d'un site rapprochait du Très-Haut.
Puis
la citadelle a surtout joué son rôle de fortification
pour la défense de la ville, une seule fois violée
lorsque ses portes furent ouvertes à Hûlâgû
après qu'il eut conclu un pacte avec la garnison s'engageant
à l'épargner, mais qui une fois entré a trahi
son serment, s'adonnant au massacre
et à la destruction.
Les
inscriptions gravées dans la pierre ont une importance historique
particulière ; les chroniqueurs en identifient 55 et les
classent en deux catégories, 36 d'entre elles sont épigraphiques
et relatent les épisodes traversés par la citadelle
au cours (-le son histoire et les opérations
de fortification ou de restauration, les 19 autres étant
plus diversifiées.
La
plus ancienne de ces inscriptions remonte à 1076 (465 H :
l'année 465 du calendrier de l'hégire) et porte le
nom de Nûr al-Din Zengui, la plus récente date de 1873
(1290 H) et relate la restauration de la station d'Abraham, l'ami
de Dieu; elles sont toutes ponctuées de nombreux versets
coraniques.
J'ai
visité la citadelle à deux reprises, la première
fois cri compagnie du président du service des Antiquités
de la ville d'Alep, Muhammad Qujja. C'était une visite de
reconnaissance où nous nous sommes concentrés sur
les traits les plus emblématiques du site.
La
deuxième fois, j'étais seul pour pouvoir m'attarder,
au gré de mon attirance, sur tel ou tel détail et
en m'aidant des plans établis par l'architecte Abdallah Hajjâr
(Les monuments anciens d'Alep, 1997).
C'est
ainsi qu'après avoir admiré ses bastions et mâchicoulis,
j'ai emprunté la grande rue intérieure qui traverse
la citadelle du sud au nord. Sur le côté gauche, se
succèdent des maisons, un hammam et un puits, puis un oratoire
que l'on dit dédié à Abraham, édifié
sur les ruines d'une église, laquelle fut elle-même
construite sur les ruines d'un temple païen. On raconte que
cet oratoire possédait un mihr âb en bois merveilleusement
sculpté, qui a disparu en 1922, alors que la garde française
était en charge de la défense de la citadelle. Dans
la cour intérieure de l'oratoire, trois citernes voisinent
avec deux pistachiers et deux oliviers.
Plus
an nord, on aperçoit la grande mosquée avec son minaret
ayyoubide de forme carrée, et qui compte de nombreuses salles
le long de sa cour, toujours habitables.
A droite,
un escalier mène à un carrefour où se trouvent
un
château d'eau nommé al-Sâtûra, une construction
appelée le palais du Sultan et une vaste salle souterraine
connue sous le nom de prison du Sang. Cette salle fut à l'origine
constituée d'un ensemble de citernes édifiées,
dit-on, à l'époque de Justinien, et l'on raconte qu'on
y jetait les prisonniers jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cette
même salle a servi de prison à quelques princes francs,
évoqués par A. Hajjâr, tels Joscelin comte de
Roha qui y trouva la mort, ou Renaud de Châtillon qui devint
le prince de Karak et que Saladin exécuta après l'avoir
tenu prisonnier pendant seize ans.
On
aperçoit aussi les ruines du temple hittite où l'on
a découvert une tablette en basalte gravée de deux
disques représentant le soleil et la lune, entourés
de deux personnages ailés ressemblant à des anges.
Dans
1a direction du sud-est, s'élève la caserne construite
par Ibrahim Pacha en 1834. Une partie de ses salles est transformée
en musée où sont exposés des collections d'arcs
et flèches et de vases en verre soufflé de différentes
époques islamiques, une maquette de la citadelle, une baliste
datant du Moyen Âge et plusieurs modèles de calligraphie
arabe.
En
contrebas de la caserne, se trouve un puits profond, accessible
par un escalier en colimaçon qui compte 22S marches selon
A. Hajjâr et que je n'ai pas emprunté. Au fonds du
puits, trois issues mènent à l'extérieur de
la citadelle, dont l'une vers 1a tour de défense située
au nord des remparts. Au sud de la caserne, un escalier qui compte
70 marches conduit à une vaste salle divisée en trois
nefs dont les voûtes reposent sur des piliers aux socles carrés.
I1 semble que cette salle ait servi de citerne à eau à
l'époque byzantine et de silo à grains à l'époque
musulmane.
Au
sud de l'amphithéâtre construit au cur de la
citadelle en 1980, se trouvent les vestiges du palais ayyoubide
: un bassin octogone, un vaste iwan, ou salle voûtée
ouverte en façade, un cours d'eau entouré de pièces
d'habitation, un sarcophage byzantin orné d'une croix sur
laquelle est gravée une inscription en grec disant qu'il
fut offert par une soeur à son frère, un hammam relié
au palais, au sol pavé de pierres noires et blanches.
La
salle du trône se dresse au-dessus de l'entrée principale
de la citadelle, précédée au nord par une cour
barlongue pour la garde. Ses murs sont décorés de
motifs géométriques, et sa porte d'entrée en
pierres noires, jaunes et blanches est surmontée de nombreux
mugarnas, ou stalactites, de toute beauté.
Cette
salle est l`oeuvre du prince Jakam qui a également fait construire
deux tours à l'extérieur de la citadelle qui portent
son nom. Son plafond actuel est nue ouvre récente, il est
orné de motifs en bois datant du XVIII siècle que
l'on a prélevés, dit A. Hajjâr, dans la maison
Al-`A'idi à Damas. La façade de la citadelle est elle-même
décorée de motifs géométriques et d'écritures
gravées; deux d'entre elles sont en calligraphie coufique
et de forme carrée, l'une portant l'inscription « Il
n'y a de dieu que Dieu et Muhammad est son prophète »,
l'autre déclinant quatre fois le nom de 'Ali. Un autre motif
représente une étoile à six branches, encadrée
de cette inscription : « Dis que chacun agit à son
mode. »
L'on
rapporte que la citadelle fut habitée depuis l'époque
de Sayf al-Dawla al-Hamadâni et les historiens évoquent
quelques-unes de ses principales résidences : Dar al-`Awamid
(le palais des Colonnes), Dâr al-Zahab (le palais de l'Or),
Dar al-Chukhûs (le palais des Personnages), Dâr al-`Iz
(le palais de la Gloire).
Si
j'ai tenu à évoquer tous ces détails c'est
pour souligner deux choses la première est que la citadelle
était une ville en miniature au sein de la ville d'Alep,
la deuxième est qu'elle représente le modèle
de fortification le plus achevé de l'architecture arabo-musulmane.
7 - LA CITADELLE
Tu y pénètres comme dans une oeuvre d'art grandiose,
une succession de temporalités dans le déroulement
du temps, couches superposées de signes et d'indices.
Le
présent y est foyer de l'histoire, et l'histoire y est une
autre respiration dans le corps du présent.
Tu
es saisi comme par une symphonie visuelle, et tes pas s'accordent
aussitôt à ses rythmes. Tu éprouves tes déplacements,
d'un vestige à l'autre, comme un cheminement à l'intérieur
d'une oeuvre d'art et, comme l'uvre d'art se renouvelle à
mesure que tu la contemples, la citadelle se renouvelle à
mesure que tu la parcours. Tu découvres, où que tu
te diriges, des secrets jaillissant de l'épiderme du sol.
Et tu acquiers la certitude que la citadelle enferme d'autres citadelles,
faites de rêves, de déceptions et de victoires, et
qu'elle dégage, par-delà prospérité
et dévastation, une lumière plus puissante que les
décombres, qui dissipe les ténèbres du temps.
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Remparts, caravansérails, mosquées, mausolées,
madrasa, hammâm, galeries, coupoles, cours - composent tous
ensemble un scintillant hymne de genèse, que j'aimerais nommer,
pardon aux architectes, le chant de la pierre.
De
1a pierre d'Alep, dont la palette de couleurs est saisissante, comme
s'il s'agissait d'un être vivant. Ou d'un coeur « réceptif
à toutes les images » au dire de notre plus grand cheikh,
Ibn 'Arabi. Selon ses formes et ses couleurs elle se prête
à toutes sortes de gravures et de décorations. C'est
une pierre calcaire, à la fois ferme et tendre car celui
qui la taille n'a pas besoin d'outils tranchants. Dure, résistante,
compacte, elle se préserve par elle-même et s'inscrit
dans une durée synonyme d'éternité.
Parfois
noire, susceptible de tous types de décor, parfois vouée
à devenir marbre, parfois jaune comme le wars, cette plante
tinctoriale qui ondule comme un liquide doré.
Les
ouvriers qui traitent la pierre donnent à leur métier
le joli nom de « tailleurs de pierre », invoquant ainsi
la bénédiction du créateur qui a sculpté
la taille de l'homme.
Après
la taille, l'on dessine les facettes, ce que les maitres de la profession
appellent l'équarrissement : on trace les lignes droites,
on ajuste les angles, et l'on élimine ce qui dépasse.
Ensuite, on sculpte la face extérieure, on la polit jusqu'à
la rendre lisse. À moins qu'on la livre encore rugueuse afin
qu'elle s'exprime selon son utilisation finale dans l'ornementation,
la gravure ou les arcades. La pierre d'Alep, une fois taillée,
se répartit en trois catégories la pierre brute, qui
s'utilise sans équarrissement, la pierre aux bords carrés
dont on a partiellement poli la lace,
et celle aux bords carrés bien calibrés dont on sculpte
la face de manières diverses, huit variétés
étant répertoriées.
Conclue
si la pierre constituait une unité de couleur dans la forme
architecturale de la construction.
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Les mugarnas sont des éléments architecturaux, structurels
et décoratifs, qui pendent à une coupole ou un encorbellement.
Ils sont apparus à Alep à 1a fin du II siècle
après J.-C., d'où ils ont gagné Le Caire à
l'époque ayyoubide. Ces éléments sont en forme
de lignes, de carrés, de triangles, de rectangles, d'octogones,
de cercles et de tout autre dessin géométrique et
arabesque possible. Ils sont aussi en forme de rinceaux ou de feuilles
d'acanthe.
Les
motifs décoratifs peuvent être regroupés en
cinq catégories
Les motifs végétaux, qui reproduisent des feuilles,
des branches, des fleurs ou des plantes. Ils firent leur apparition
à la mosquée d'al-Agsa à Jérusalem,
puis à la mosquée des Omeyyades à Damas. Ce
sont ces motifs que les chercheurs occidentaux ont désignés
du nom d'arabesques.
Les motifs purement géométriques, composés
d'entrelacs, qui forment des unités compactes, ou qui se
répètent et se déclinent.
Les motifs calligraphiques, dont la plupart illustrent des versets
coraniques ou des noms propres et des dates importantes. La calligraphie
la plus utilisée est l'écriture coufique car elle
est la plus riche et la plus encline à la décoration,
elle fut donc développée par les maîtres calligraphes
qui l'ont progressivement enrichie et y ont introduit des variations,
allongeant les hampes des lettres et les enchevêtrant.
Les mosaïques, composées de pierres de différentes
couleurs : blanches, jaunes, roses, noires et vertes, qui se sont
multipliées et diversifiées et qu'on trouve surtout
dans 1a décoration des entrées, des arcs et des fenêtres.
Aux époques seldjoulcide, zengui et ayyoubide, qui se sont
étalées sur une centaine d'années, sont apparus
de nouveaux motifs qui ont enrichi et diversifié les formes
plus anciennes, au rang desquels des motifs floraux aux terminaisons
des lettres coufiques; l'utilisation de la calligraphie thuluth,
dont la souplesse permet aux lettres de se prêter facilement
à l'ajout de motifs végétaux, feuilles ou branches;
les bandeaux de pierres multicolores : noires, blanches, roses et
vertes, qui
couronnent les mihrab, les vestibules et les salles de réception;
et les cercles entrecroisés agrémentés de lignes,
de carrés et de triangles, qui encadrent les linteaux des
arcs au-dessus des ouvertures.
Le
minaret de la Grande Mosquée est sans doute la réalisation
la plus représentative de l'ornementation de cette époque.
Ce minaret est entouré
de quatre bandeaux d'écriture qui le ceignent, chacun portant
des inscriptions épigraphiques sur le constructeur du minaret,
ainsi que des frises en pierre. Sur la façade ouest de la
mosquée Chu`aybiyya, on trouve aussi une ornementation scripturaire
et végétale où la calligraphie coufique a été
utilisée selon un mode nouveau: rehaussée de motifs
végétaux séparés du corps de la lettre,
variant les formes des lettres et tressant leurs éléments.
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La citadelle a fait sa première apparition sous Séleucus
Nicator, 312 ans avant J.-C. Avec l'arrivée de disciples
du Christ, ont coexisté sous son drapeau : les adorateurs
du ciel, juifs et chrétiens, les idolâtres de la pierre
et les adorateurs du feu.
Elle
a ensuite accueilli avec allégresse les chevaux d'Abu `Ubayda
et ses sabres. Puis elle a commencé à rouler comme
une balle qui saigne entre les mains de l'histoire tout au long
des périodes omeyyade, abbasside, toulounide, hamdanidc,
mirdasside, oukaylide, turkmène, zenguide, ayyoubide, mamelouk,
tcherkesse, ottomane.
(Le
sultan Salim a marché sur Alep, dont les habitants sont accourus
l'accueillir. II est monté sur la citadelle et a aperçu
or, argent et toutes choses qui Pont ébloui. - Qui sont ceux-là
?
- Ce
sont les successeurs des cheikhs qui sont venus avec le sultan Guiri,
ils sont en route vers leur pays.
Le
sultan ordonna alors qu'on les lui amenât, et leur trancha
la tête jusqu'au dernier.)
29
Il m'a semblé voir le sang jaillir des entrailles de la citadelle
et de ses extrémités et des peaux humaines erre arrachées,
empaillées et crucifiées (vision autorisée
par les faits de Phistoire). J'ai même cru me voir au milieu
de ces groupes dont chaque individu attend qu'une baïonnette
lui transperce la poitrine ou qu'un sabre tranche son cou et écartèle
ses membres. Al-Mutanabbi, mon ami, pourquoi n'as-tu point osé
poser cette question à Sayf al-Dawla : « Tu as offert
à ton peuple la faculté de fabriquer des sabres et
des lances, des poignards et des palais, et de jouir de la soie
des femmes captives, pourquoi ne lui as-tu pas rendu possible la
fabrication de la science, de
l'art et de la liberté?»
J'ai
la conviction que si tu pouvais aujourd'hui accompagner Sayf al-Dawla
à travers la ville qui l'a hissé au pouvoir et lui
a livré ses clefs, et l'observer contemplant son existence
répandue sur les trottoirs et que les passants côtoient
dans la plus grande indifférence, ni te serais écrié
«Ah! quel est ce mystère qui rend la vie de ces dirigeants
si aride et si stérile!»
Et
tu aurais répété par la voix de ceux qui sont
venus après toi et ont admiré ton art suprême
«Combien vous êtes rusées, et combien résistantes,
vous les toiles d'araignée.»
30
Moi, je suis venu vers la citadelle de nulle part. Débarrassé
de tout sauf de mon propre pouls. De nulle part, où s'inventent
les armes qui ne vieillissent pas ni ne s'anéantissent, et
où les plantes sont toujours en état de veille et
la pierre insomniaque, je suis venu ayant arraché les serrures
du labyrinthe et changé tous les codes.
31 - ARBRE
Une aiguille dans la main du vent qui raccommode l'ombre que défait
la main du soleil.
32 - MUR
Accordez à l'écriture de s'enfuir loin des livres.
Accordez-lui de pousser là où les histoires se mêlent
aux algues et où la feuille morte est la jumelle de l'oreiller
de l'aube.
33 - VENT
Un printemps advient dans un automne à venir.
34 - SOLEIL
Rien ne se répète que l'obscurité et la mort.
La lumière, elle, est toujours commencement.
35 - ÉPICES
Les épices de la nourriture, les épices de la réclame
et de la nouvelle. Joli chat perdu, dis quelque chose.
Le
miaulement est une lanterne, le miaulement est une école.
Dis quelque chose, joli chat.
36 - PAYSAGE
Voici une grappe de raisin, mais elle est en verre.
Voici
le visage d'une bédouine, encadré par deux longues
tresses. Voici des bijoux en forme de poupée dotée
d'organes génitaux.
Et
à côté, sur le mur, la photo d'un soldat, armé
de pied en cap, prêt à se rendre au combat.
37 - DISCOURS
Il est descendu dans la tombe, mais il n'est pas mort.
38 - MINBAR
Il cueille les étoiles et les distribue à l'auditoire.
39
- INSTANTANÉ
Deux longues moustaches noires comme une ombrelle au-dessus du menton.
40 - CAFÉ
Le soleil s'est assis au-dessus de la table, sur la joue de l'horizon,
sur la chaise et le verre d'eau,
sur le livre et le journal, sur la poussière et les cailloux,
il s'est assis dans la tasse de café et sur ses bords, il
s'est assis sur le seuil du café, dans la ruelle qui y conduit,
et sur les sommets des minarets, le soleil s'est assis, il s'est
assis.
41 - ORACLE
Ce taureau deviendra chaussure, dans un avenir proche.
42 - NATURE MORTE
Une poussière qui donne raison au vent, un vent qui donne
raison à la poussière.
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